Une économie circulaire est-elle possible sans installation d’incinération ou décharge ?

D’année en année, les progrès technologiques, les campagnes de sensibilisation et les nouvelles initiatives réglementaires créent de nouvelles opportunités de récupération des matériaux. Ces progrès conduisent à des ambitions très élevées en termes de passage d'une économie linéaire à une économie circulaire. Ce schéma ne laisse que trop peu de place aux incinérateurs et décharges. À tort. 

Lorsque la Commission européenne  lança son "Pacte Vert" ( Green Deal), elle y avait accordé un rôle important au "Plan d'action pour l'économie circulaire". La Flandre, dans son accord du gouvernement 2019-2024, exprima sa volonté de faire de la Région flamande la plaque tournante du recyclage en Europe. Bruxelles, quant à elle, élaborait déjà en 2016 un Plan régional pour l’économie circulaire tandis que la Région wallonne présentait un Plan Déchets-Ressources en 2018. 

En tant que fédération belge du secteur du recyclage et de la gestion des déchets, nous soutenons pleinement ces ambitions en vue d’une utilisation durable des matériaux. Nous tendons la main à tous les acteurs - pouvoirs publics, société civile et entreprises - pour relever ce défi.

Dernier volet du recyclage

En même temps, nous voulons attirer l'attention sur une partie peut-être moins "sexy" du cycle des matériaux : le traitement final. Au sein de chaque flux de matériaux, on retrouve à un moment donné un "point final" pour une partie du matériau, car tout ne peut pas être recyclé à l'infini (du moins aujourd'hui). En outre, les processus de recyclage eux-mêmes génèrent des résidus pour lesquels il n'existe (encore) aucune valorisation.

Pour ces substances aussi, il est nécessaire de trouver une solution appropriée. Cette solution existe par la biométhanisation ou l'incinération, afin de nous permettre de valoriser les flux non recyclables sous forme de gaz, de vapeur, d'électricité ou d'engrais.

Certaines substances ne peuvent pas être incinérées pour en extraire l'énergie. Pensez aux matériaux de sols pollués, aux produits contenant de l'amiante et à certains types de plastique et de verre. Pour ces résidus, une seule solution : la décharge. Ils peuvent y être enfouis de manière contrôlée et en toute sécurité, de façon permanente ou temporaire. Dans l’attente de nouvelles technologies pour pouvoir les exploiter.

Il s’agit ici d’une réelle option. Plusieurs entreprises de recyclage et de gestion des déchets étudient les possibilités en termes d’Enhanced Landfill Mining (ELFM), ce qui consiste à excaver en toute sécurité des matériaux autrefois enfouis afin de les recycler ou de les convertir en énergie. Une technique prometteuse qui présente de nombreux avantages : réduction de la nécessité d'importer des matières premières, et par conséquent diminution de la dépendance de la région à d’autres pays, et limitation des émissions de CO2 liées aux importations.

En bref, même si nous passons à une économie entièrement circulaire, des capacités de traitement final seront de toute façon nécessaires.

Limiter l'empreinte écologique dans son ensemble

En outre, il serait opportun d'examiner l’intégralité du cycle de vie des produits - de la conception à l'éventuel traitement final - afin de déterminer leur véritable empreinte écologique. Imposer des normes régionales ou nationales très strictes, conduisant au transfert du traitement final à l'étranger sous des conditions environnementales moins favorables, ne serait pas un bon exemple de responsabilité sociétale des entreprises. C’est préjudiciable aux personnes, à la planète et au profit : les activités économiques prendront la destination de pays où il est "moins cher" de travailler, où les exigences environnementales sont moins strictes, et nous verrons les retombées économiques quitter notre pays. C'est pourquoi nous demandons de laisser au traitement final suffisamment de place car il constitue la touche finale essentielle d’une économie circulaire forte.