Y a-t-il encore un avenir pour les broyeurs de métaux en Wallonie ?

La Wallonie compte sept broyeurs en activité ; il s’agit d’entreprises qui récupèrent des métaux provenant de véhicules hors d'usage, d’équipements électriques et électroniques ou encore du démantèlement de tout le passif industriel et des déchets ménagers. Des nouvelles normes imposées dans leur permis risquent de poser un gros problème à leur avenir.

En juin 2017, le ministre wallon de l'environnement de l'époque, Carlo Di Antonio, avait chargé son administration d’élaborer de nouvelles normes d'émission uniformes pour tout le secteur du broyage des ferrailles. Ces normes n’ont pas été mise en œuvre via des conditions sectorielles, mais bien via chaque permis individuel. Donc, si les broyeurs ne respectent pas celles-ci, ils risquent de devoir fermer leurs portes.

Les nouvelles normes d'émission concernant les rejets atmosphériques posent question

Outre cette fonction de « recycleurs » de nos déchets de consommation, la volonté des entreprises du secteur a toujours été de réduire au maximum ses impacts environnementaux, même en allant au-delà de l’application des Meilleures Techniques Disponibles (MTD) imposées par la Commission européenne (et actuellement respectées par tous les broyeurs). Cependant, pour aller au-delà des objectifs européens, il s’agit toutefois :

  • De disposer de techniques permettant d’atteindre les objectifs (beaucoup) plus sévères imposés en Wallonie, avec une garantie de résultats des fournisseurs.
  • D’assurer un équilibre économique de l’activité, sachant que les métaux de récupération circulent sur un marché international et s’exportent ou s’importent hors de nos frontières.
  • De disposer de techniques d’épuration qui n’induisent pas un « effet pervers » en générant une autre forme de pollution (par exemple : l’utilisation d’un oxydateur thermique pour détruire les composés organiques résiduels dans les fumées entraînerait une grande consommation de combustible noble générant des fumées et des émissions de CO2 élevées).

Aujourd’hui, aucun fournisseur ne donne des garanties formelles sur l’ensemble des valeurs limites d’émission pour tous les polluants repris dans les nouvelles obligations imposées par l’autorité régionale et applicables dans le courant de 2020. 

Appel à expertise

Eu égard aux investissements importants à consentir et aux frais de fonctionnement générés par les systèmes de traitement des émissions atmosphériques canalisées, les broyeurs wallons, via leur fédération Denuo ont décidé de faire appel à de l’expertise externe, de manière à évaluer la pertinence environnementale et sanitaire des valeurs limites d’émission très basses qu’ils se sont vus imposer.

Plusieurs  experts ont été consultés.  Après consultation, il a été décidé de confier la mission au VITO. L’étude a débuté en mai 2019, pour se conclure par un rapport final édité en juin 2020.  Il sera présenté prochainement à la Région wallonne.

Ouverture au dialogue

Le secteur se dit d’ores et déjà satisfait du dialogue ouvert avec l'actuelle Ministre wallonne de l'environnement, Céline Tellier. Contrairement à son prédécesseur, un dialogue a été proposé entre les services de l’administration et les broyeurs, dans l’optique de concilier environnement, santé publique et activité économique. Elle a, par ailleurs, désigné un seul point de contact sans équivoque au lieu des nombreuses instances publiques impliquées auparavant (AWAC, ISSEP, DG ARNE ou même dialogue avec l’AFSCA). 

Identifier les sources

La Ministre Tellier a également diligenté une enquête sur la source exacte et l'historique des émissions de PCB. Ce ne sont en effet pas les broyeurs qui produisent ces substances. On les retrouverait dans les vieux transformateurs et condensateurs (l'utilisation des PCB est interdite depuis 1985), mais aussi dans la peinture et l'encre. Les PCB apparaissent donc dans les broyeurs avec les apports à traiter.

Une récupération des métaux à l’échelle locale

A l’heure actuelle, les sept entreprises de broyage traitent ensemble près d'un million de tonnes de ferraille, et atteignent un taux de recyclage en constante progression, de l’ordre aujourd’hui de près de 90 %. Mais l’Europe compte également 250 autres broyeurs qui ne seraient que trop heureux de reprendre les volumes wallons. Et l'acier est un matériau facile à transporter.